La CNESST impose des mesures de sécurité pour les employés du métro de Montréal
Les préposés à l’entretien et les agents de station ne devront plus être seuls dans certaines stations «chaudes».
Photo: Valérian Mazataud Archives Le Devoir Lorsqu’ils travaillent en solo, les agents de station et les préposés à l’entretien s’exposent à un risque de violence plus élevé, juge la CNESST.
Les stations du métro de Montréal continuent d’être le théâtre d’incivilités et d’agressions, notamment à l’endroit des employés de la Société de transport de Montréal (STM). Pour des raisons de sécurité, la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST) vient d’ordonner que les employés d’entretien soient deux pour accomplir leurs tâches dans les stations « chaudes ». De leur côté, les agents qui procèdent à la fermeture des stations désignées comme étant problématiques ne pourront plus travailler seuls.
Trois syndicats de la STM avaient interpellé la CNESST pour attirer son attention sur les conditions difficiles, voire dangereuses, dans lesquelles travaillent leurs membres en raison des incidents de violence et de la présence d’itinérants, de personnes sous l’influence de substances ou de vendeurs de drogue dans les stations.
La CNESST fait écho à leurs préoccupations. « Le problème de la violence visant les travailleurs dans le métro de Montréal n’est pas nouveau, ayant fait l’objet d’autres interventions de par le passé. Néanmoins, tous les intervenants s’entendent pour dire que la tendance va vers une aggravation du problème », indique la CNESST dans un rapport déposé la semaine dernière. « Il semble que la STM et la société en général soient quelque peu dépassées par la situation. »
Ce rapport fait suite à deux rencontres menées par un inspecteur de la CNESST avec les représentants de trois syndicats de la STM et ceux de la partie patronale. Sans s’attarder à des incidents précis, l’inspecteur souligne les préoccupations des syndicats quant à la sécurité de leurs membres et à leur sentiment de détresse à certaines occasions.
Le rapport de la CNESST évoque les stations « chaudes », soit celles que la STM estime les plus problématiques. Celles-ci ne sont pas citées dans le rapport, car la liste des stations « chaudes » est établie chaque semaine par la STM, mais elles sont essentiellement situées au centre-ville.
Réorganisation des équipes
Les agents de station qui ne se sentiraient pas en sécurité en tentant de faire sortir les individus à la fermeture des stations peuvent déjà demander d’être accompagnés. Sauf qu’il n’y aurait pas toujours suffisamment d’effectifs pour accompagner les agents, note la CNESST. « Il peut même arriver qu’il manque tellement de personnel adéquat pour fermer les stations que la fermeture ne peut être complétée avant 4 h du matin », souligne-t-on.
Lorsqu’ils travaillent en solo, les agents de station et les préposés à l’entretien s’exposent à un risque de violence plus élevé, conclut la CNESST. Celle-ci ordonne donc que les agents de station soient accompagnés lorsqu’ils procèdent à la fermeture des stations les plus problématiques. De même, les employés d’entretien ne pourront effectuer leurs tâches dans les stations jugées sensibles s’ils sont seuls.
La STM entend se conformer à l’ordonnance de la CNESST, mais exclut l’embauche de ressources supplémentaires. « Nous allons réorganiser les routines d’entretien afin de respecter le rapport de la CNESST et permettre la création de duos dans les stations qui seront identifiées plus sensibles », indique la société de transport.
Des cibles
Pour Bruno Jeannotte, président du Syndicat du transport de Montréal-CSN, qui représente les préposés à l’entretien dans les stations, l’ordonnance décrétée par la CNESST est un gain. Il estime à au moins quatre par semaine le nombre d’agressions dont sont victimes ses membres. Selon lui, les employés sont mieux protégés des incidents violents lorsqu’ils travaillent en duo. « En fait, ce n’est pas tant les itinérants qui sont problématiques. Ce sont plutôt les gens intoxiqués et les vendeurs de drogue », dit-il.
Des outils de signalement des événements ont été mis en place, mais les employés hésitent à les utiliser, car ils peuvent être identifiés comme étant la source de ces alertes et devenir des cibles, souligne-t-il.
M. Jeannotte craint toutefois que la réorganisation du travail ait pour effet de réduire l’entretien de stations considérées comme moins chaudes. « C’est sûr qu’on va être moins actifs dans des stations plus tranquilles. On ne mesure pas encore les impacts. »
À ce sujet, la STM soutient que les duos seront en mesure de travailler plus rapidement pour ensuite se déplacer dans une autre station. « Nos premières observations, c’est qu’il n’y aurait pas une perte de productivité très grande, surtout pas au détriment d’autres stations », a assuré David Chagnon, directeur principal transport adapté et soutien à la livraison du service à la STM.
Le Syndicat des chauffeurs, des opérateurs et des agents de station-SCFP n’a pas voulu commenter la décision de la CNESST, compte tenu des discussions encore en cours avec la STM. La Fraternité des constables et agents de la paix STM-CSN soutient pour sa part que les difficultés entourant la fermeture des stations se sont aggravées au cours des dernières années. « Il y a plus de plus grands groupes de gens à sortir. Des fois, il y a vingt personnes à sortir. À la station Bonaventure, ce n’est pas rare. Des fois, ça se passe bien, mais d’autres fois, c’est assez laborieux », indique le président de la Fraternité, Kevin Grenier.
Interdiction de flâner
En juin 2025, la STM avait reconduit les mesures anti-flânage dans le métro et l’obligation de circuler jusqu’au 30 avril 2026. Mais une certaine tolérance a été exercée dans l’application du règlement, compte tenu de l’hiver rigoureux qu’a connu la métropole. Dans son rapport, la CNESST souligne d’ailleurs que l’application sporadique du règlement est de nature à causer un sentiment d’injustice chez les personnes vulnérables qui fréquentent le métro et risque d’augmenter des tensions dans les stations.
Selon le Service de police de la Ville de Montréal, le nombre de voies de fait dans le métro n’a cessé d’augmenter après la pandémie pour atteindre un sommet de 726 événements en 2025.
Les données de la STM révèlent que d’octobre 2025 à janvier de cette année, 38 agressions contre ses employés ont été signalées, contre 39 pendant la même période un an auparavant. Globalement, le nombre d’agressions contre les employés a tout de même baissé en un an, passant de 119 en 2024 à 100 en 2025.